Histoire du Praticien

Présentation

1968, année mythique. Loin de tous les bruits des barricades, je referme « Les mains du miracle» de Joseph Kessel, plein d’enthousiasme.
C’est décidé! Je serai thérapeute manuel.
 
Ma vocation est née, mais je ne m’orienterai vers la kinésithérapie qu’après avoir réalisé mes premiers grands projets: devancer l’appel de l’armée pour rentrer dans les parachutistes à Pau et devenir ceinture noire de karaté.
Les arts martiaux, l’esprit de l’élève samouraï prêt à tous les sacrifices pour atteindre le savoir de ses maîtres, me passionnent. L’entraînement intensif, quotidien, presque jusqu’à épuisement, porte ses fruits: je gagne les championnats du Languedoc Roussillon, puis le championnat de France avec l’équipe de Montpellier.
 
Mon premier diplôme est en poche, celui de professeur de karaté (1973).11 me per­ mettra de créer trois clubs de karaté et d’y enseigner pendant mes études de kinésithérapie.
Depuis 1972, j’ai compris que l’enseignant est, de tous les participants au cours, celui qui apprend le plus, quelque soit la discipline. Enseigner, c’est répondre aux questions que seuls nous ne nous serions jamais posées, c’est approfondir, analyser et surtout corriger, innover, et faire progresser une théorie ou une technique, éviter l’attitude statique de simplement la comparer à d’autres, sans perdre du vue ses fondamentaux ou ses racines ancestrales.
 
Une grande question revenait toujours chez les élèves et les amis qui connaissaient ma passion pour le karaté: Qui, dans un combat entre adepte du karaté, du kung fu, du taekwondo, de la boxe française ou anglaise, serait le vainqueur?
En expliquant la différence entre art martial (martial: la guerre), qui défend une philosophie de la vie, avec un code d’honneur et un respect de l’autre, et les sports de combat qui, certes, valorisent un esprit sportif, mais ne poussent pas les valeurs fondamentales aussi loin, une évidence m’est apparue: c’est le pratiquant des arts martiaux qui gagnerait
Toutes les techniques sont bonnes, mais dans l’ultime combat comme aux Jeux Olympiques, la force mentale présente à l’instant nécessaire, compte plus que la technique elle-même.
 
En 1974, le DE de kinésithérapie en poche, j’effectue des milliers de massages à Balaruc les
Bains jusqu’en 79, riche école pour développer la palpation fine, la sensibilité et l’habileté de mes mains.

Mes différents maîtres.


Le premier est sans conteste H.J. Culioli.

H.J. Culioli est un kinésithérapeute formé aux techniques ostéopathiques allemandes: les massages réflexes du tissu conjonctif selon Kohlrausch et du périoste selon Rabe.
J’ai eu la chance de suivre à Marseille les cours du soir de HJ. Culioli, entre 1974 et 1978, tout en travaillant aux Thermes de Balaruc, avec mise en pratique dès le lendemain de toutes les nouveautés apprises la veille.
 
Cette formation était impressionnante: H.J. Culioli effectue ses techniques ostéopathiques en force. Elles correspondent bien à son physique de catcheur et ses mains puissantes. Ses pouces en particulier lui permettaient de pratiquer les traits tirés avec une énergie fascinante pour moi, jeune diplômé.


Le second est Jean Birot.

Jean Birot, ancien avocat à Montpellier, est parti étudier la chiropraxie à Davenport aux USA. Oncle de mon épouse, il a beaucoup insisté pour que je fasse mes études de médecine, avant de m’inviter à suivre sa consultation à Rodez de 1980 à 1983.
 
Jean Birot était un homme très vif, hyperactif, qui a continué à exercer jusqu’à 70 ans. De petite taille, il travaillait en costume. li manipulait avec dextérité, efficacité et en apparence sans effort, des personnes de beaucoup plus forte corpulence que lui, dont des rugbymen de niveau national.
La chiropraxie a été une révélation. Elle ne suit pas la même conception de pensée que la médecine manuelle ou la kinésithérapie. L’ajustement qui doit ré-axer la vertèbre subluxée se pratique sur une table spéciale et ne dure qu’une fraction de seconde.
 
La différence avec HJ. Culioli est stupéfiante: celui-ci passe une heure entière avec chaque patient, masse, mobilise et manipule en force, aussi bien le rachis que les articulations périphériques. Birot fait l’interrogatoire, le diagnostic et le traitement en cinq minutes.
Tous deux obtenaient des résultats remarquables, arrivaient à guérir en 1 à 2 séances des patients traînant leurs douleurs depuis des mois voire des années.


Mon troisième maître est Raymond SOHIER.

Il a créé« la kinésithérapie analytique» et le« concept Sohier». La clarté et la rigueur de son enseignement ne cèdent en rien à son doigté, à la délicatesse de ses gestes techniques, et ses résultats thérapeutiques étonnants.
 
Pendant 20 ans, j’organise des cours où il vient enseigner, dont je tire moi-même grand profit.
En 2001, grâce à Gabor SAGI, pionnier et directeur de l’institut McKenzie France, je me forme à la méthode McKenzie.
Cette rééducation active pratiquée essentiellement par le patient est une révélation.
 
L’issue logique ne se fait pas attendre. Je commence à créer une synthèse personnelle de toutes ces techniques.
L’amphothérapie s’est imposée comme appellation: Elle associe une technique d’inspiration ostéopathique pratiquée par le thérapeute à une rééducation active de la part du patient.
Elle permet de traiter, avec un succès grandissant tant auprès des confrères que des patients, toutes ces pathologies mécaniques que nous pourrions étiqueter «orphelines», inaccessibles une monothérapie manuelle.
 
La réunion de techniques performantes et complémentaires, qui ont fait leurs preuves, dans l’amphothérapie, nous rapproche de la méthode ultime, le Graal du thérapeute: soigner toutes les pathologies après un diagnostic étiologique précis, de façon compréhensible et reproductible, et de préférence en une séance unique.


De mes propres ailes...

A partir de 1979, tout en continuant mes études de médecine, j’ouvre un cabinet de kinésithérapie et commence à pratiquer ces techniques. Je randomise les patients en 2 groupes pour les traiter selon l’une ou l’autre. Etonnamment, les résultats sont équivalents, les patients s’améliorant en très peu de séances.
 
Pour mieux comprendre comment j’agis et progresser dans ces techniques, l’étude approfondie de l’anatomie me semble indispensable, et particulièrement l’anatomie fonctionnelle: Je m’inscris à trois DIU d’anatomie en 1986 (biomécanique, organogenèse, neuro-anatomie).J’obtiens le diplôme de« maître d’étude et de recherche en anatomie>>.
 
Un été, un stage à Los Angeles chez un chiropractor français me fait découvrir la «non force technique». Malgré les excellents résultats des manipulations habituelles, forçant l’articulation, se développe déjà dans cette ville un courant de techniques soft.
Cela m’influencera par la suite.


Jean Marie Soulier